Un texte à part dans mes écrits, noir et étrange : à vous de juger !
LA P'TITE SAUVAGE
Léïra le nez collé au carreau
D'une vitre où sèchent les dernières gouttes d'eau
Ecoute sans mot dire
Les siens sur son sort gémir
Depuis quelques mois elle a cessé de parler
Son mutisme lui servant de bouclier
Contre celui qui provoqua son effroi
Et bannit de sa vie insouciance et joie
Les mauvais esprits du village
L'ont surnommé la p'tite sauvage
Accablant la famille de tous soupçons
Ou reconnaissant l'empreinte du démon
Léïra ne perçoit plus leur regard
Cherchant à son enfer un échappatoire
Une longue silhouette descend la rue
La fillette se recroqueville à sa vue
L'homme caché sous son chapeau noir
Sait qu'il exerce sur elle un pouvoir
Pouvoir qui le protège de son crime
Et plonge ses victimes dans l'abîme
Dès qu'il s'est enfin éloigné
Léïra s'échappe pour fuir le danger
Traversant en courant sentiers plages et dunes
Eclairés par les premières lueurs de la lune
A bout de souffle de force et d'espoir
Elle ne sait comment effacer de sa mémoire
Ce jour terrible où elle le surprit
Alors qu'il se croyait à l'abri
Dans la retraite où il s'était caché
Avec une jeune fille pour la violenter
Mais la p'tite en osmose avec sa terre
En connaît chaque recoin chaque mystère
Elle se trouva face à l'individu
Sans possibilité de trouver une issue
Car il la saisit avec violence
Exigeant de sa part le silence
Sous peine de sévices contre les siens
Et la promesse d'un éternel chagrin
Depuis chaque jour elle est hantée par la vision
De la victime dans un état de prostration
Cette victime trop faible pour parler
Laissant Léïra sous le joug de son geôlier
Elle arrête sa course au bord d'un précipice
Perchée sur la falaise une vieille bâtisse
A perte de vue son refuge l'océan
Agité par les derniers soubresauts du vent
La porte boisée de la demeure
S'ouvre et laisse échapper la chaleur
Attirée par cette étrange invitation
Léïra entre sans aucune appréhension
Se sentant immédiatement enveloppée
Par un paisible sentiment de sécurité
Devant ses yeux éblouis un arc de lumière
Au centre duquel sourit son défunt grand-père
Dans toute la pièce s'entremêlent et dansent
Héros et personnages de son enfance
Le vieil homme qui la surnomme sa petiote
Lui raconte mille histoires et anecdotes
Sur la Bretagne d'hier et d'aujourd'hui
Eternel petit coin de paradis
Elle ne doit craindre ni homme ni sortilège
Car ses ancêtres à tout jamais la protègent
Puis il l'entraîne dans la joyeuse farandole
Où tournoient les lumineuses lucioles
Offrant à la p'tite des instants merveilleux
Prémices de lendemains plus heureux
Le vent s'est à présent calmé
La lune à son apogée règne dans un ciel étoilé
Et la silhouette immobile des branches
Se découpe dans son auréole blanche
Forte de ces émotions magiques et intenses
L'âme de Léïra retrouve sa vaillance
D'un pas décidé elle rebrousse chemin
Cette nuit son cauchemar prendra fin
L'homme soudain s'éveille en sueur
Terrassé par ce qu'il ignorait... la peur
Il sent profondément sa présence
Et perd alors sa belle assurance
Lorsque la fillette pousse la barrière
Il surgit brusquement de sa tanière
Un fusil à la main prêt à tirer
Comprenant que la p'tite va l'affronter
Epilogue :
La froide détermination de l'enfant
Poussa l'homme dans ses derniers retranchements
Avec son arme il se suicida
Sans avoir ôté la vie à Léïra
Avec la jeune fille elles se sont unies
Pour combattre les noirceurs de leurs vies
Et révéler à tous le secret
Qui les enfermait dans un monde muet
La p'tite sauvage sur les bancs d'école
A retrouvé rires et paroles
Oubliés soupçons et commérages
Aujourd'hui on l'appelle Mamzelle courage
Et lorsqu'un arc-en-ciel irise l'horizon
Léïra imagine que c'est un pont
La reliant elle et son grand-père
…
Le réel et l'imaginaire
Joëlle
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